NAMIBIE

Deux idées à la base de ce voyage : aller photographier la Skeleton coast (côte des squelettes) qui borde la côte nord ouest du pays, une côte renommée pour ses tempêtes et ses courants qui lui valent d’être bordées par des épaves de bateau.

Et puis photographier Kolmanskop, une ville fantôme du sud ouest de la Namibie abandonnée depuis les années 30, au moment où a cessé l’exploitation de la mine de diamants. Cette ville est aujourd’hui pour partie ensevelie sous le sable du désert. Et il est donc possible de trouver une dune en plein milieu des pièces d’habitation. Quelques clichés de ces deux sites avaient attiré mon attention, et j’étais décidé de faire quelques 9000 km pour faire mes propres clichés. Réservation d’un énorme Toyota 4X4 avec tente sur le toit et c’est parti pour une belle boucle !

Mais comment aller en Namibie sans faire plusieurs détours vers certains sites exceptionnels qui ont fait la renommée de ce pays.

Le premier d’entre eux est le parc national d’Etosha, une réserve animalière où se côtoient à peu près tous les animaux d’Afrique les plus emblématiques. A la saison sèche, on les croise assez facilement aux abords des quelques plans d’eau qui bordent le lac salé asséché (pan).

Etosha national park

Kamanjab et Palmvag
Dans cette région on rentre dans le pays des Himbas. On propose souvent la visite de villages Himba traditionnels (le fameux Jako village par exemple à Kamanjab). Ce type de visite n’est pas très naturel et on peut facilement avoir l’impression d’aller rendre visite à ce peuple comme on va au zoo…
Il vaudrait mieux orienter son voyage différemment pour partir à la découverte des Himba ou des San (vraiment envie de découvrir ce dernier peuple). Ce sera peut-être l’occasion d’un prochain voyage à la découverte des peuples de Namibie. Pour cette fois, en choisissant de privilégier la partie sud du pays, ce ne sera pas vraiment possible. On croisera bien sûr plusieurs Himba tous en route, comme nous, pour le supermarché du coin.

Sur la route de Swakopmund
C’est parti pour 600 km, dont 400 km environ de piste de sel bordant l’océan. Première étape Torra Bay… En fait à Torra Bay, il n’y a rien, si ce n’est une caravane et quelques emplacements de campings sur la plage, tous absolument vides…
Pour le reste de la route, pas plus de trace de civilisation. Mais une nouvelle fois, pas mal d’animaux d’un autre genre ce coup-ci. ça permet de faire quelques haltes et de ne pas s’endormir au volant.
Au bout de plus de 300 km, je commence à douter de ma chance de trouver une épave de bateau. Les plus anciennes sont bien indiquées sur ma carte, même s’il est difficile de se repérer sur une carte avec aucun point de repère autre que les distances d’un point inexistant à l’autre…
Et puis, ce ne sont pas les vielles épaves enfouies dans le sol qui m’intéressent mais les plus récentes qui restent encore dans l’eau et qui abritent des cormorans… Ces dernières sont en nombre sur cette côte hostile mais pas moyen d’en trouver une…Au milieu de nulle part, on croise 3 jeunes blancs namibiens complètement bourrés. L’un d’eux a des cheveux orange, tient une bière dans une main et son sexe dans l’autre tout en hurlant un chant de rugbyman. Ils sont plutôt sympas et tentent de nous aider, ce qui n’est pas facile car les épaves (de bateau) ça a pas l’air d’être trop leur truc. Un passe un bon moment, et ils m’indiquent un point sur la carte où assurément je trouverai quelque chose. Ouep…
Au final, après une étape à Cape Cross où se situe la plus grande colonie au monde d’otaries, je vais finir par trouver une de ces épaves qui m’intéresse. Elle n’est pas indiquée sur la carte, mais se voit facilement de la route, au sud de Cap Cross si on ne dort pas à moitié.
Trépied et filtre gris, et c’est parti. Je la voulais depuis un moment celle-là !



Swakomund et Wallis Bay
Je ne vous montrerai pas le charme désuet néo-colonialiste de Swakopmund ici, préférant prendre aussitôt les 30 km qui relient cette “charmante” bourgade à Walvis Bay. Il y aurait beaucoup à dire sur cette ville ainsi d’ailleurs que sur les villes namibiennes. J’y reviendrai mais autant dire tout de suite que c’est un drôle d’endroit où s’installer. Je ferais volontiers un reportage photo sur la vie dans ces parages.
Pour l’instant, j’ai envie de rejoindre Sandwich Harbour. Mon Toyota qui peine à monter une côte un peu raide, je ne le sens pas faire 30 km de sable mou. Tant pis, on va rejoindre un petit groupe pour cette excursion.
On quitte Swakopmund et Walvis Bay avec quelques regrets tout en sachant qu’il reste encore bien de belles choses à voir, et notamment des torrents de dunes.

Solitaire et ses environs
Sur la route de Sesriem, le seul point de civilisation c’est Solitaire. Solitaire, petite bourgade de plus ou moins 90 habitants, c’est avant tout un point de ravitaillement d’essence. Et c’est également un point connu pour son pâtissier (et son fameux apple pie) et ses voitures colorées savamment abandonnées…
Une halte obligatoire. Cela dit, l’installation récente d’un lodge juste à côté de la pâtisserie et de la station essence a complètement dénaturé la nature vintage de ce lieu incroyable. Solitaire, ça devait vraiment valoir le coup il y a un ou deux ans. Aujourd’hui c’est rempli de touristes allemands venant se repaître de pâtisseries et profiter du confort d’un lodge haut de gamme.
Malgré tout, Solitaire, ça reste le Far West et pour son cimetière de voitures anciennes, ça vaut le détour !

Il faut reprendre la route qui est magnifique une fois de plus. Et souvent on y croise à nouveau des animaux. Cette fois, c’est un troupeau de zèbres effrayés par la voiture qui essaie de me semer plutôt que de se diriger en sens inverse… Je joue le jeu un moment avant de les laisser en paix.

Sesriem, Sossusvlei, et Dead Vlei
C’est le deuxième site le plus visité de Namibie après Etosha. Du coup, craignant un peu le flot de touristes, je n’étais même pas sûr de vouloir y aller. Mais cela reste une étape incontournable. Et puis, en se levant tous les jours vers 4h30 du matin et on dormant au campement de Sesriem, on échappe un peu à tout cela (le campement étant dans le parc, l’accès aux sites est ouvert une heure plus tôt).
Sesriem, Sosusvlei, Dead Vlei, c’est beau d’en bas, d’en haut, de droite et de gauche. C’est tellement grandiose qu’aucune photo ne pourrait rendre compte de la mesure des sites.Ci-dessous quelques vues aériennes. Le petit Cesna 4 places survole d’abord les dunes au coucher du soleil puis vient raser l’océan…

Dead Vlei
Lever 4h. 60 km de route séparent le campement de Sesriem du site de Dead Vlei. Les 5 derniers se font dans le sable mou uniquement en mode 4X4. Je dégonfle à 1,1 Bar pour être sûr de passer : on est dans les tous premiers et je n’ai pas trop envie de m’ensabler avec un véhicule de 5 mètres… ça passe. Arrivée sur le site juste avant le lever du soleil. On entame l’ascension de Big Daddy, l’une des dunes (la dune ?) la plus haute du monde. Mais mes jambes ont du mal à me porter. Dead Vlei est encore dans l’ombre mais s’éclaire peu à peu.

Le problème avec un site aussi exceptionnel que Dead Vlei c’est qu’on a tous vu au moins une photo de ce site. Pas facile de tenter de sortir de “l’ordinaire”. J’ai un peu de chance car un chacal, sorti de nulle part, va me donner une occasion. Il est un peu effrayé au début. Je siffle pour tenter de l’appâter, sans y croire vraiment, mais à ma grande surprise, l’animal se dirige droit vers moi.

Voici donc quelques photos de Dead Vlei toute prises avant 8h, heure à laquelle le flot de touristes, dégoulinant de crème solaire, inonde à son tour le site. C’est avec un plaisir un peu malsain qu’on quitte le site, contents d’avoir eu l’opportunité de pouvoir en profiter un peu seuls… Lucile prend quelques photos de touristes par la même occasion, ce qui nous donnera plus tard une idée pour un prochain reportage photo en duo…



Etape à Namib Rand Nature Reserve
Avant de redescendre complètement sur Luderitz et Kolmanskop, une étape dans la Namibrand Nature reserve nous attend. Et tant mieux, parce que c’est une étape de repos. Au bout d’une piste interminable voici le campement. Enfin… l’emplacement, car en guise de campement c’est un emplacement unique perdu au beau milieu de la savane. Absolument personne en vue à des kilomètres à la ronde. Cet endroit est juste incroyable et ce ne peut être que l’étape campement la plus insolite du voyage.
Je passe un peu le temps à faire mumuse avec les arbres et la pleine lune.

Je prépare le feu pour un barbecue, saucisses et maïs grillés au programme comme tous les jours. Western attitude, c’est parfait.

Sauf que….à la nuit tombée, c’est un froid glacial qui s’abat. Jamais eu aussi froid de ma vie en dormant, malgré la couverture de survie ! Plus on descend dans le sud et s’enfonce dans le désert, plus les nuits sont glaciales.



Luderitz et Kolmanskop
Je voulais à tout prix voir de mes yeux et ramener des photos de Kolmanskop. Lucile qui éprouve une fascination (que j’ai du mal à comprendre parfois) pour tout ce qui relève des traces du passé allemand va être servie ! C’est l’endroit où il faut être, sur le continent africain en tout cas. Et elle ramènera de superbes photos.

En route donc progressivement pour Kolmanskop. D’abord, du désert, une bonne centaine de km entre Aus et Luderitz, mais sur une route bitumée cette fois. A la fin de la route, c’est une petite tempête de sable qui nous attend. On est vraiment au bout du monde. Luderitz et Kolmanskop, ça se mérite !

Kolmanskop était jusqu’aux années 30 une une ville riche où s’est jouée une véritable ruée vers le diamant. Aujourd’hui, c’est une ville fantôme dont les restes témoignent d’un passé glorieux doucement enseveli par le désert namibien.



Au final, un pays fabuleux bien sûr. Pas mal de choses à décanter, encore beaucoup de choses à montrer et à raconter, notamment sur le pays et sur les gens qu’on a rencontrés. Car si c’est un pays magnifique, il demeure plutôt complexe.
La Namibie a connu la colonisation allemande jusqu’au traité de Versailles en 1915. C’est un protectorat sud-africain (autant dire une colonisation qui ne porte pas son nom) qui prendra la relève jusqu’à l’indépendance en 1990. Le pays est donc un pays “neuf” mais avec une complexité certaine, notamment due au gouffre qui sépare la classe riche de la population pauvre.
L’influence des blancs est encore très présente ; le pouvoir est, comme souvent dans les pays africains, à la solde de certains seulement, qui privilégient un clan ethnique. Justement des ethnies, il y en a beaucoup. Des langues également. Et ce n’est pas toujours sans poser problème dans un pays où les frontières ont été “coupées au couteau” comme souvent en Afrique et où persistent encore certains accents néo-coloniaux.
Malgré cela, on sent bien que la Namibie est tournée délibérément vers l’avenir.
Un dernier petit mot : une grosse bise à deux couples que nous avons rencontrés sur place : Laurie et Fifi et Nathalie et Alexander. J’espère vous recroiser bientôt en France !

Vous qui lisez ces lignes, si vous êtes routard n’hésitez pas à louer un 4X4 avec tente sur le toit et à prendre la piste ! Et si vous passez à Windhoek avant de reprendre l’avion, surtout ne manquez pas au moins une nuit à Londiningi Guest house. Nathalie est une expatriée française qui vit depuis 2004 en Namibie. Elle est super sympathique et vous en apprendra beaucoup sur le pays et sur la nourriture qu’elle prépare avec uniquement des produits locaux. Alexander est namibien, passionné de photographie et de faune sauvage, et il vous préparera son fameux Alexander Bond 006 & a little bit more !

Enfin, un coucou à Jean-Pascal, un autre expatrié français, aujourd’hui guide free lance en Namibie, que nous avons eu la chance de rencontrer dès notre arrivée à Windhoek.




© Boris Dumont 2009-2016
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